Les bâillons

2014

photographies numériques


J’appelle « bâillons » les graffitis effacés ou recouverts que je compare également aux mauvaises herbes. Considérées comme nuisibles, les mauvaises herbes n’ont en effet ce statut que pour les jardiniers qui les désignent ainsi en raison de leur apparence jugée disgracieuse et de leur tendance à proliférer, concurrencer voire même prendre le dessus sur les plantations admises comme « bonnes » ou « belles ». De façon métaphorique, l’expression « mauvaise herbe » peut être rapprochée de la pratique du graffiti souvent critiquée pour son aspect inesthétique et la manière dont elle se propage telle une maladie contagieuse souillant les murs des cités. Comme au jardin, une hiérarchie s’instaure dès lors sur les murs entre une parole « officielle » (des entreprises, de l’État, des artistes approuvés) et la parole de toutes celles et ceux qui utilisent les murs sans autorisation pour dire l’amour, la haine, l’affirmation de soi. Ainsi, de même que la croissance d’une mauvaise herbe nécessite automatiquement le désherbage, le surgissement du graffiti induit le nettoyage ou le recouvrement. C’est précisément cette pratique visant à effacer ou recouvrir les graffitis que j’ai souhaité montrer, en pointant mon objectif sur les murs des universités bordelaises sur lesquels elle est particulièrement visible. Des formes géométriques de différentes couleurs (rarement identiques à la couleur d’origine) parsèment les murs et composent des peintures abstraites « involontaires », laissant encore apparaître ici ou là les images et les écritures qu’elles sont censées masquer et appelant presque par défi leur résurgence.


 
Les bâillons, 2014, Photographies numériques, impressions sur Hahnemühle PhotoRag, 40x 30 et 40 x 60 cm. Vue de l’exposition Traversée par les lieux, galerie Turbulence, Aix Marseille Université, 2-4 juillet 2024.





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