Avoir eu lieu

2016

dessins numériques


Je me souviens avoir croisé Alban Denuit de nombreuses fois à l’université où il étudiait et enseignait. Depuis sa disparition, le 13 novembre 2015, ma façon de voir les lieux dans lesquels nous avons échangé quelques mots, souvent en coup de vent, a changé : ils sont liés à ces souvenirs, à l’image du visage et de la silhouette d’Alban et au regret de ne pas avoir pris davantage le temps de le connaître. 
J’ai choisi de faire des photographies de quelques endroits dans lesquels ces rencontres ont eu lieu puis j’ai réalisé des dessins à partir de ces clichés. Alors que la photographie enregistre une image en une fraction de seconde, le dessin effectué à main levée à l’aide d’une tablette graphique demande plusieurs heures de travail. Il s’agit d’une manière de se plonger dans l’espace, pour mieux le découvrir et se l’approprier, mais aussi de prendre le temps d’être encore, d’une certaine façon, avec Alban.
À propos des travaux graphiques de Pascal Convert sur les Villas Itxasgïty, Argenson et Belle-Rose (demeures détruites que l’artiste a visitées alors qu’elles étaient abandonnées), Georges Didi-Huberman observe qu’il y a dans la démarche de l’artiste « une façon d’indiquer que le dessin s’oriente non pas vers la présence, mais vers l’absence, non pas vers la description du visible, mais vers un travail visuel de la mémoire prenant acte de la disparition[1]. »
Vides de toute présence humaine, les lieux que je reproduis sont empreints d’une certaine quiétude, mais manifestent aussi ce désir de montrer l’absence et la perte. 


[1] Georges Didi-Huberman, La demeure, la souche. Apparentements de l’artiste, Paris, Minuit, 1999, p. 23.
Avoir eu lieu, 2016, dessins numériques, impressions sur papier Canson, 25 x 25 cm. Vue de l’exposition Traversée par les lieux, galerie Turbulence, Aix Marseille Université, 2-4 juillet 2024.





← Retour au portfolio